Le guide pratique et documenté des incontournables — avec les détails que les autres sites oublient.
Construit à partir de 1380 en grès — un matériau onéreux qui témoignait déjà de la prospérité de la ville drapière — le beffroi de Douai a traversé six siècles quasiment intact. Aucun conflit n'a gravement endommagé sa structure carrée de 9 mètres de côté, ce qui en fait l'un des beffrois médiévaux les mieux conservés du Nord.
Au sommet de ses 61 mètres, un lion des Flandres de 1,75 m de haut brandit une bannière ornée du "D" gothique de la ville. La flèche est décorée de 54 soleils dorés — un détail que peu de visiteurs remarquent avant qu'on le leur signale. Par temps dégagé, la vue depuis la plateforme porte loin sur la plaine du Douaisis.
L'attraction principale reste le carillon : 62 cloches pour un total de 18 tonnes, s'étendant sur cinq octaves. Les deux bourdons portent des noms : "Joyeuse" (5 500 kg, note la) et "La Disnée" (2 400 kg, note do). Elles datent de 1471 et sont les plus anciennes du carillon. Toutes les autres ont été fondées à Annecy par la maison Paccard entre 1953 et 1974. C'est ce carillon que l'on entend dans Bienvenue chez les Ch'tis.
La visite en 195 marches passe par la salle des gardes (rez-de-chaussée, avec sa grande cheminée d'époque), la salle des cloches au troisième étage, et se termine par la vue panoramique. Une lignée ininterrompue de 36 carillonneurs s'est succédé depuis la création du poste.
La légende veut que Monsieur Gayant soit un soldat qui défendit Douai contre les Bourguignons en 1479. La tradition des défilés de géants remonte à 1530. Depuis, chaque été, la famille sort de la Maison des Géants, rue de Lambres, pour sillonner la ville pendant trois jours.
La famille se compose de cinq membres : Monsieur Gayant (8,50 m, 370 kg), Marie Cagenon sa femme, et leurs trois enfants Jacquot, Fillon et Binbin. Tous sont construits d'osier et de bois, portés à la force des bras et des épaules par des équipes d'hommes entraînés — les porteurs. Chaque porteur ne tient que quelques minutes avant de passer le relais, tant le poids et l'équilibre sont difficiles à maintenir.
Le moment le plus chargé d'émotion : le dimanche matin à 10h45, le "rigodon" dans la cour de l'Hôtel de Ville. Les géants y dansent au son de la Musique Municipale, sous un lâcher de pigeons et une pluie de bonbons jetés par les élus depuis les fenêtres. 80 000 personnes se pressent chaque année pour assister aux festivités — le centre-ville est fermé à la circulation pendant les cortèges, prévoir de se garer en périphérie.
Inscrites en 2005 au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, les Fêtes de Gayant sont gratuites et ouvertes à tous.
Douai est le second port de batellerie de France — un titre qui surprend souvent. La Scarpe, rivière qui traverse la ville, a longtemps été la colonne vertébrale économique du Douaisis, charriait le charbon extrait des mines alentour. Aujourd'hui, ses berges accueillent promeneurs et cyclistes.
De mai à septembre, des croisières en barques électriques partent du quai du Palais de Justice. C'est une façon douce de longer le Parlement de Flandre, les anciennes fortifications, et les façades qui bordent la rivière — des angles de vue impossibles à voir depuis la rue.
Pour les cyclistes, un itinéraire balisé permet de rejoindre Lallaing à 17 km le long des berges. La route est plate, ce qui en fait un trajet accessible à tous les niveaux.
Chaque 1er mai, la Fête de la Batellerie transforme les quais : messe en plein air au milieu des péniches pavoisées, procession sur l'eau, et ambiance populaire unique. Un événement qui n'est pas du tout fléché vers les touristes — on y croise surtout des Douaisiens et des mariniers de toute la région.
Installé dans un couvent du XIVe siècle, le Musée de la Chartreuse est l'une des collections les plus riches du Nord — et l'une des moins connues en dehors de la région. On y trouve des Rubens, des Véronèse, des Renoir, des Rodin, réunis dans un cadre architectural exceptionnel où les salles monastiques côtoient des galeries de peinture.
Un détail qui mérite attention : le musée abrite le plan-relief original de Douai datant de 1709. Ce type de maquette en relief, commandé par Louis XIV pour préparer les stratégies militaires, était normalement conservé au Palais des Beaux-Arts de Lille — Douai est une exception qui tient à l'histoire de la ville fortifiée.
La collection couvre plus de 15 000 œuvres allant du Moyen Âge au XIXe siècle : peintures flamandes, sculptures, arts décoratifs. Les jardins intérieurs du cloître, eux, sont souvent déserts même en pleine saison.
À 8 km de Douai, le Centre Historique Minier est le plus grand musée de la mine en France : 8 hectares, 15 000 pièces exposées, des galeries souterraines reconstituées. Le site occupe l'ancienne fosse Delloye, l'une des dernières à avoir extrait du charbon dans le bassin.
La visite guidée descend dans les galeries — casque obligatoire, température constante de 12°C quelle que soit la saison — et retrace le quotidien des mineurs du bassin : les conditions de travail, les équipements d'époque, les accidents, la vie des corons. Le site fait partie du Bassin Minier Nord-Pas-de-Calais classé à l'UNESCO en 2012 pour son paysage culturel.
Compter 3 heures minimum pour une visite complète. Les expositions intérieures sont accessibles par tous les temps. C'est un des sites les plus fréquentés de la région, particulièrement les mercredis et week-ends en période scolaire — arriver à l'ouverture évite les files d'attente pour les visites guidées souterraines.
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